« Logistique verte, mythe ou réalité ? »
Outre
la prise de conscience éthique envers
l'écologie à laquelle on assiste depuis
de nombreuses années, un bon nombre
d'indicateurs laisse à penser que la
logistique verte sera très bientôt en
bonne place dans les préoccupations des
directions Supply Chain. Contraintes
réglementaires endurcies, coûts
logistiques revus à la hausse, accès au
marché restreint en cas de non obtention
de label vert…l'écologistique a de beaux
jours devant elle !
La
logistique verte ou écologistique (voir
définition - dossier vocabulaire du site
www.cat-logistique.com *) est en
passe de devenir un sujet capital au vu
des enjeux stratégiques qui se
profilent. Le Grenelle de
l'environnement à venir et depuis 2005,
le décret relatif aux déchets
d'équipements électriques et
électroniques (les « DEEE ») ne sont que
quelques-uns des prémices de
changements à prévoir dans nos
organisations logistiques. Selon les
scénarii les plus plausibles, un certain
nombre de faits vont amener les
responsables logistiques à revoir leurs
pratiques et schémas de flux associés.
Le coût du transport d'abord, va se
trouver affecté par la hausse de
l'énergie mais il est également à parier
que le transport routier se
retrouvera taxé de manière significative
et ce, afin d'inciter les chargeurs
à privilégier les autres modes de
transport. Ensuite et on le vit
déjà, la réglementation des DEEE impose
le recyclage d'un grand nombre de
produits.
La
reverse logistics, répondant à cette
obligation, sera une notion de plus
en plus présente dans les organisations
étant donné l'augmentation des retours
de biens électriques et électroniques.
Enfin, seules les entreprises montrant «
patte verte » auront accès au marché
pour y vendre leurs produits ou
services. Celles qui ne remplissent pas
les conditions démontrant le caractère «
durable » de leur activité (matérialisé
par des achats ou des procédures
durables par exemple), perdront en
attractivité. En prenant le cas du
distributeur, celui-ci pourra en effet
devenir responsable du non respect de
certaines règles commis par l'un de ses
fournisseurs. De quoi motiver ces
derniers à se mettre en conformité. Si
la date de réalisation de ces hypothèses
est inconnue, l'anticipation n'en est
pas moins recommandée. Face aux
spéculations et aux mesures qui sont
déjà en application et parfois ignorées,
une certaine émulation est en train de
naître dans les têtes de nos dirigeants.
« Nous notons un passage de la
philosophie à la réalité ces dernières
années » note Carine Vu, consultante au
sein du cabinet GCL et en charge des
problématiques de développement durable
en logistique. « Après la
sensibilisation observée en faveur de
l'environnement, la réglementation
oblige véritablement à parler et à
mettre en œuvre la logistique verte »
ajoute-t-elle en mettant le doigt sur
les difficultés rencontrées aujourd'hui
en la matière. En plus du retard
accumulé par rapport à nos voisins,
allemands par exemple, et du manque de
clarification des nouvelles lois, nos
industriels rencontrent des problèmes de
méthodes lorsqu'ils souhaitent appliquer
les nouvelles directives. Autrefois
surtout sollicitée à sens unique, la
Supply Chain connait désormais un fort
trafic à double sens depuis l'écologistique
et suppose plus que jamais de travailler
en vrais partenaires en son sein.
La
création d'une filière de recyclage
n'est d'ailleurs pas qu'une simple
formalité consistant à retourner un
produit en fin de vie. Des
accréditations étant obligatoires
concernant le transport de matières
usagées et potentiellement dangereuses,
des acteurs différents pour le « retour
» entrent en effet en action. «
Contrairement aux retours de produits
invendus, le traitement des déchets ne
fait pas appel à une Supply Chain
symétrique et c'est là que nait toute la
complexité » souligne Eric Mamy,
consultant et gérant du cabinet A22,
Expert en Logistique. Etant donné les
bouleversements et les mesures associées
à mettre en place, on comprend pourquoi
les donneurs d'ordres tardent à se
plonger corps et âme dans l'écologistique
car tout ceci à un coût. Plusieurs
thèses intéressantes sont audibles à ce
sujet : la logistique verte peut-elle
constituée une source de profit pour
l'entreprise ou est-t-elle seulement en
contradiction avec l'efficience de
l'organisation logistique ? Un constat
est universel : plusieurs moyens pour se
mettre à l'écologistique sont
envisageables. Optimiser son
transport, agir sur les infrastructures
logistiques en intervenant dès la
conception des bâtiments (énergie,
matériaux utilisés, gestion de l'espace)
et travailler sur le produit lui-même
sont quelques unes des actions possibles.
Sur ce dernier point, plusieurs niveaux
d'intervention existent tant dans
l'entrepôt (optimisation de son espace
de stockage, traitement des déchets
utilisés dans les processus dont il fait
l'objet) qu'au niveau de sa conception.
Un autre des moyens durables les plus en
vogue et les plus prometteurs en matière
de logistique verte est bien sûr
l'emballage du produit. C'est un des
leviers importants auxquels
s'intéressent les chefs de projet :
faire en sorte que l'emballage ne soit
pas à usage unique ou encore que
celui-ci s'adapte au maximum à la forme
du contenu. L'emballage serait même
l'une des illustrations susceptibles de
prouver aux acteurs de la Supply Chain
que l'écologistique peut être une source
de profit. « En adaptant le contenant à
son contenu, le volume utilisé par
produit est moindre lors de son
transport. Il en résulte une
maximisation de la capacité du camion et
donc, plus de marchandises transportées,
c'est un coût de transport par unité
moins élevé » résume Carine Vu.
Parallèlement à cela, un certain nombre
de principes logistiques semblent être
remis en cause par l'écologistique. La
gestion en flux tendu est un de ces «
axiomes » qui risquent de se voir
reconsidérés. Comment tendre les flux en
étant « vert » ? Telle est la question à
laquelle s'efforceront de répondre
Eric Mamy et Carine Vu lors du petit
déjeuner conférence « Logistique
verte, mythe ou réalité ? », qui
aura lieu prochainement à Paris**. «
Plus on diminue les lots, plus on
augmente le nombre de camions. Plus on
optimise la logistique, plus on crée
d'entrepôts » lance le consultant. Et
effectivement, augmenter la fréquence
d'approvisionnement tout en augmentant
les volumes par camion semble une
équation difficile. Au-delà des
intentions louables et indispensables
pour diminuer l'impact des activités
logistiques sur l'environnement, le
débat reste ouvert, passionnant et on
l'espère, moins durable que la cause
qu'il défend !
La
rédaction de Physical Supply Chain
(septembre 2007)